11 août 2009
Une histoire des JC: Des années 60 à la chute du mur !!
Les dures années 1960
Le temps est aux rudes combats mais l’unité n’est pas à l’ordre du jour. Les socialistes organisent la guerre ; les communistes la combattent. La nouveauté, c’est qu’émerge une toute petite force bien décidée à gagner en influence : le trotskisme. Pierre Frank, dirigeant d’un des courants trotskistes (Parti communiste internationaliste), envoie plusieurs jeunes (dont Alain Krivine et son frère jumeau Hubert Krivine) infiltrer, noyauter et prendre l’Union des étudiants communistes. Du fait de l’autonomie accrue donnée aux organisations de jeunesse par le Parti communiste français conduit par Waldeck Rochet, l’U.E.C. est noyautée assez vite et sans grande difficulté. Elle opte pour des positions différentes de celles du P.C.F. et reprend de plus en plus clairement les mots d’ordre du Parti communiste internationaliste. La dernière phase de l’entrisme arrive à maturité au milieu des années 1960. L’inévitable se produit alors : sous la conduite de Roland Leroy, l’U.E.C. multiplie les exclusions. Exclus, les entristes crient à l’innocence et à l’injuste purge. Assez vite, ils créent la Jeunesse communiste révolutionnaire, qui donnera naissance, peu après, à la Ligue communiste révolutionnaire. J.C.R. et L.C.R. rassemblent peu d’adhérents et ne peuvent se mesurer à l’U.E.C. « survivante » mais celle-ci est extrêmement fragilisée, pour longtemps.
Dans le même temps, une fois la guerre d’Algérie finie, en 1962, la société de consommation naissante se tourne résolument vers les jeunes pour leur proposer Coca-Cola et twist. C’est le temps des « yé-yé ». Le M.J.C.F. cherche à être davantage en phase avec les jeunes et lance pour cela un magazine calqué sur le géant commercial vendu à plus d’un million d’exemplaire (Salut les copains), ce sera Nous les garçons et les filles (en lien avec la chanson de Françoise Hardy). Le premier numéro de N.G.F. sortira des presses : Jean-Paul Belmondo est à la une, avant Claude François, Richard Antony ou Johnny Hallyday… Cette ligne de conquête des jeunes sur une base de culture de consommation connaît un certain succès parmi les jeunes (près de 100 000 exemplaires sont vendus tous les mois) mais guère parmi les jeunes communistes qui ne disposent plus de leur journal de combat, L’Avant-Garde.
L’absence d’un journal politique, l’extrême faiblesse de l’U.E.C., la force médiatique de ses exclus plus anticommunistes que jamais, tout concourt à compliquer la tâche du M.J.C.F. pour Mai 68. Néanmoins, les jeunes communistes s’activent : dans les usines, dans les lycées, les universités, les J.C. ne se tournent pas les pouces. Ils font reparaître un numéro exceptionnel d’Avant-Garde, se battent pour des augmentations de salaires, de nouveaux droits pour les salariés. Bref, ils participent pleinement aux conquêtes majeures de Mai 68 mais, assurément, pas dans la position de force qui était la leur cinq ans plus tôt ou, a fortiori, dix ans plus tôt quand les J.C. étaient légion et presque seuls en pleine guerre d’Algérie.
Les recompositions des années 1970
Dans les années 1970, toujours concurrencés sur leur gauche par une foule de groupuscules gauchistes, les jeunes communistes retrouvent une position de premier plan en animant avec détermination la lutte contre la guerre du Vietnam. Vingt ans plus tôt, ils étaient seuls contre la guerre d’Indochine menée par la France ; dans les années 1970, d’autres jeunes les ont rejoints contre la guerre du Vietnam menée par les Etats-Unis mais les jeunes communistes tirent de l’ancienneté de leur combat une légitimité particulière : ils sont ici sur un terrain très bien connu. D’immenses manifestations de jeunes de protestation contre la guerre sont organisées à l’appel de la J.C. En 1967, à l’appel de la seule J.C., 70 000 jeunes défilent !
Le M.J.C.F. tout entier ne survit pas à l’après-68. Nous les garçons et les filles ne s’en relève pas (et L’Avant-Garde ressuscite). L’Union des jeunes filles de France disparaît elle aussi. Créée en 1936 par Danielle Casanova, elle s’était fondue dans l’U.J.R.F. en 1945 avant d’être recréée en 1946 sous la houlette de Madeleine Vincent. L’idée était simple et s’organisait autour de trois points :
1) Les jeunes femmes ont des revendications particulières à défendre et les cercles mixtes tendent à les écraser au profit des revendications masculines ou mixtes. Une organisation à part permet de mener ces luttes, pleinement légitimes.
2) Beaucoup de parents refusent que leurs jeunes filles fréquentent de jeunes hommes dans une organisation. Une U.J.F.F. permet de ne pas couper ces jeunes femmes du militantisme et de la lutte pour l’émancipation.
3) La société actuelle ne se charge guère de former des cadres féminins. Or, les communistes croient nécessaire et impérative la présence de femmes à tous les niveaux de direction. Une organisation spécifique permet l’émergence de dirigeantes.
Toutefois, dans les années 1970, à l’heure où le féminisme se développe tout particulièrement, ces arguments se brisent sur l’idée que la non-mixité est une vieillerie au mieux obsolète, au pire réactionnaire. Janine Jambu et d’autres dirigeantes de l’U.J.F.F. mènent donc à bien sa dissolution. Les adhérentes rejoignent l’U.J.C.F.
Les années 1970 sont marquées pour le Mouvement communiste français par le déploiement de la tactique du « programme commun » initiée par Waldeck Rochet et mise en œuvre, à partir de 1972, par Georges Marchais. Les jeunes communistes s’inscrivent dans cette tactique et appuient la démarche. Le Festival national qu’ils organisent en 1975 au Parc des expositions de la porte de Versailles est clairement placé sous ce signe : « Avec les communistes pour que change la vie ».
Entre Tchernobyl et Mandela
Dans les années 1980, l’heure est plutôt au désenchantement : 1983, c’est le tournant libéral du P.S. ; 1984, c’est l’éviction des communistes du gouvernement ; 1988, c’est « l’ouverture à droite », François Mitterrand ne prend aucun ministre communiste mais des ministres de droite (comme un certain Jean-Pierre Soisson qui, quelques années plus tard, fera les yeux doux au Front national pour être président de Conseil régional)… Sur le plan économique et social, c’est la crise : les usines ferment les unes après les autres. Pendant ce temps-là, on célèbre « l’homme qui réussit car il est méritant » : Bernard Tapie en est la plus éclatante et révérée référence… Les pays socialistes, en dépit d’une certaine popularité (en Europe) de Gorbatchev, voient leur image se détériorer encore : ce sont les opérations soviétiques en Afghanistan en 1979, Tchernobyl en 1986… Les temps sont difficiles pour le Mouvement communiste français et, singulièrement la J.C.
Pourtant, les jeunes communistes ne baissent pas les bras. De grandes batailles sont menées, notamment contre les Travaux d’utilité collective (T.U.C.) et autres Contrats emploi solidarité (C.E.S.) destinés à précariser la jeunesse (pour commencer…). Ces contrats permettaient de payer des jeunes au-dessous du S.M.I.C. et sans aucune ouverture de droits sociaux (droits au chômage, à la retraite…) ! 1986, c’est la loi Devaquet qui veut la plus grande « autonomie » pour les universités, à commencer par celle d’accepter ou non un bachelier en son sein. La J.C. est de tous ces combats et semble connaître un grand essor au point d’approcher les 100 000 adhérents.
Dans le même temps, la J.C. n’oublie pas le monde. Elle mène une grande campagne contre l’apartheid et pour la libération de Nelson Mandela. Dirigeant de l’A.N.C. (le Congrès national africain, parti historiquement proche du Mouvement communiste international), Nelson Mandela est emprisonné par les dirigeants d’un régime prônant ouvertement la ségrégation. Le régime sud-africain pose des catégories strictes (noirs, blancs, etc.) et impose leur séparation. Abject et criminel, ce régime dispose pourtant du soutien de la plupart des gouvernements occidentaux et de toutes les entreprises intéressées par les ressources du pays. Les jeunes communistes réclament la fin de ce régime de honte ; ils le crient haut et fort, dans les colonnes de L’Avant-Garde, dans les rues des villes – ils sont 60 000 en 1986 autour du Musée national d’art moderne Georges-Pompidou –, sur des T-shirts et même sur des vinyles édités pour l’occasion. Cette lutte, on le sait, n’aura pas été vaine contribuant à créer le rapport de forces nécessaire pour affaiblir les soutiens gouvernementaux de ce régime criminel, menant, à terme, à sa disparition.
Si la J.C. se bat tant contre l’apartheid, c’est bien sûr par vocation internationaliste mais c’est aussi parce que les années 1980 voient la réémergence dans le champ politique français de forces qui avaient presque disparu depuis la Libération : celles de l’extrême-droite. Le Front national, groupuscule insignifiant créé en 1972, opère une véritable percée en quelques années (1982-1983-1984) portant haut et fort ses valeurs xénophobes et racistes. L’antiracisme devient alors un enjeu prioritaire. S.O.S. Racisme, vite satellisé par le Parti socialiste, est créé à ce moment. Sous l’impulsion de Jacques Perreux, alors secrétaire général du M.J.C.F., le mouvement s’investit pleinement dans ces luttes et va jusqu’à changer de logo : ce sera un pied (souvent mi-blanc mi-noir), symbole de l’universelle humanité.
Commentaires
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Article super intéressant. Merci !
Petite demande
Autre petit commentaire pour vous demander s'il serait possible d'avoir votre avis dans un article sur la pandémie, sur la grippe et les procédures dont parle le ministère (fermeture écoles, cours sur le net ou sur la tv)...
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